[Extrait Sermon sur la Montagne]
Malheur, lorsque ceux qui doivent éclairer, guider, nourrir les autres, leur sont inférieurs en saveur, en luminosité !
J’ai pitié de la foule, dit Jésus : elle n’a pas de berger! Des aveugles conduits par des aveugles tombent dans la fosse avec ceux qui les conduisent : la bonne foi ne sauve pas.
Que de groupements sociaux, religieux, politiques, économiques, aristocratiques, des bourgeoisies, troupes nations ou alliances dites saintes ont dû leur fin lamentable à cette absence d’une élite utile! Dans un corps, tous les membres doivent servir, sous peine d’être embarrassants et parasitaires. Les parasites sont tôt ou tard rejetés du corps qu’ils exploitent.
Vous avez des qualités, des talents, faites-les servir, ainsi vous les ferez valoir ; la vie vous est donnée pour être dépensée. On vous attend là, Dieu vous attend là.
Malheur aussi, si vous semez la tristesse ; il y en a tant dans le monde! Suivons le conseil de Jésus, laissons l’ivraie de côté, occupons-nous du bon grain (Mt 13, 24-30). Créons un climat où l’on respire à l’aise, donnons le goût de vivre. Le Christ Jésus n’est pas venu pour juger ou condamner le monde. Il est venu pour le sauver de la décomposition qui le menace, de la mort qui suit normalement la maladie.
Les Actes des Apôtres nous montrent la première chrétienté, « prenant son repas avec joie, et les apôtres « plein de joie pour avoir souffert », et Etienne, mourant en pardonnant, les yeux ouverts sur le ciel où l’attend Jésus. Paul est toujours joyeux et demande aux siens de l’être (Ph, 44). La joie doit devenir « le secret gigantesque de qui croit en Jésus. » Il n’a que faire des âmes pieuses, sans goût.
L’effort qui continue l’effort généreux du Christ est un don : le sel ne prend pas l’aliment, il se donne à l’aliment qui, en le mangeant, s’assaisonne.

Le levain se donne à la farine, la lumière entre dans l’œil.Le Christ Jésus […] ne se défend pas, Il ne prend pas, Il se livre, Il se donne. Le Règne de Dieu n’est pas domination, mais service. Les chrétiens ne doivent pas être des gens sur leurs gardes, sur leur défensive, mais des feux, des lampes! Pas de propagande non plus, elle fait fuir, de peur d’être pris. N’imposez pas, proposez, mais respectez les libertés.
Ce n’est pas donner que de la faire en attendant la récompense, fût-ce le versement d’intérêts : donner, c’est perdre ce qu’on donne, sans attendre d’équivalent. La source et le fleuve n’attendent rien du terrain qu’ils arrosent, et la rigole ou le canal prétendraient recevoir des avantages en échange de ce qui passe par eux ! Où a-t-on vu qu’une mère se fasse payer son amour?
P.M.